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Bioscope en l'an 1900
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Cinéma et immigration
 
Très vite dans son histoire, le cinéma fut mobilisé au service des causes les plus diverses. Dans le cas spécifique du Canada, le cinéma servit en particulier à favoriser l’immigration, surtout en Saskatchewan et en Alberta qui, comptant chacune moins de cent mille citoyens en 1901, vont multiplier par 8 leur population en vingt ans. Un cinéma de propagande, qui répond aux besoins mutuels de l’État canadien, des compagnies, de l’économie agricole et du peuplement de l’Ouest, va se développer.
C’est la compagnie de chemin de fer Canadien Pacifique qui joue le rôle le plus important dans cette entreprise. Le CP met sur pied un bureau d’information et de propagande, le Department of Colonization & Development, qui publie des brochures et des affiches, et supervise la réalisation de films. Un des agents de ce bureau, le Montréalais Louis Olivier Armstrong, joue ainsi un rôle de premier plan dans le monde du cinéma au début du XXe siècle.
Après avoir appuyé dès 1899 le Manitobain James Freer qui allait présenter lui-même ses films en Grande-Bretagne, le CP approche en 1902 la compagnie britannique Warwick Trading pour qui Joseph Rosenthal réalise la même année la série « Canada “England’s Premier Colony” ». Une dizaine de titres sont tournés au Québec, dont Electric Tram Ride Through St. Catherines Street, Montreal et le populaire General Panoramic Bird’s-Eye View of Montreal. En 1903, Charles Urban quitte la Warwick avec son équipe de production et fonde la Charles Urban Trading. Le CP suit Urban qui, grâce à son implantation dans les réseaux de distribution britannique, garantit à la compagnie une visibilité maximale et de meilleures chances de convaincre les spectateurs d’immigrer au Canada. Urban confie à Joseph Rosenthal la réalisation de la série « Living Canada ». Une série de 35 films qui insiste sur le modernisme des villes (en particulier Montréal, la plus importante cité industrielle d’alors) et des moyens de transport (le train) ainsi que sur le potentiel des régions rurales (surtout l’Ouest canadien).
Toujours dans l’idée de favoriser l’immigration, on dit que la compagnie de production avait reçu l’ordre de ne pas prendre de scènes d’hiver afin de briser ce cliché qui pouvait nuire à l’image du pays. Malgré cette interdiction, la série inclut aussi des films tournés pendant l’hiver 1903 et qui exploitent non pas les grands espaces glaciaux, mais l’exotisme hivernal et le loisir en milieu urbain. Mentionnons, parmi les films tournés au Québec, Ice-Yatching on the St. Lawrence, Montreal on Skates, The Outing of the « Old Tuque Blue » Snowshoeing Club of Montreal, Skating for the World’s Championship at Montreal. Destinées à séduire un public britannique soumis à des conditions de vie difficiles, ces images élogieuses du Canada, qui mettent l’accent sur le bien-être canadien, ne pouvaient que plaire, elles aussi, au public canadien dont elles vantaient les réalisations.
Suspendue pendant la Première Guerre mondiale, la production destinée à favoriser l’immigration reprend après le conflit. Cette fois-ci, elle implique non seulement le CP, mais aussi le Canadien national et la compagnie maritime White Star – Dominion Line. Même si ces films visent toujours les Britanniques, ils sont diffusés en salles aux États-Unis et dans plusieurs villes européennes.
L’ Associated Screen News, souvent pour le compte du Department of Colonization & Development du CP, produit au cours des années 1920 un nombre important de documentaires pour l’immigration, dont The Land of Promise, Opportunity, Taming the Last West, The Sunny Side of Rural Life, Making New Canadians, New Homes Within the Empire, Clan Donald : A British Farm Colony et surtout From British Home to Canadian Farm tourné en 1928 par Roy Tash. Sans que l’on puisse se prononcer sur un rapport de cause à effet, on peut cependant penser que la hausse de l’immigration évoquée précédemment découle en partie de la présentation des films à l’étranger.