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Bioscope en l'an 1900
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Pour en savoir plus
Lacasse, Germain. 1988. Histoires de scopes. Le cinéma muet au Québec. Montréal : Cinémathèque québécoise.
Morris, Peter. 1978. Embattled Shadows : a history of Canadian cinema, 1895-1939. Montréal : McGill-Queen’s University Press.
L'évolution de la production cinématographique
 
Les premières images tournées au Québec sont le fait d’opérateurs étrangers. Il en est ainsi jusqu’à la fin du muet. On peut remarquer certaines tendances au sein de cette production, même si elle se compose autant de documentaires que de fictions. Plusieurs de ces films trahissent notamment la fascination des producteurs étrangers pour les scènes hivernales. Dès 1902, des caméramans de deux grandes compagnies américaines viennent tourner au Québec plusieurs scènes de sports d’hiver, dont Tobogganing in Montreal, Canada ( Edison ) et Amateur Ski Jumping (American Mutoscope and Biograph).
Quelques années plus tard, en 1915, les exploits des skieurs québécois impressionnent tant les artisans de la compagnie américaine Fox, qu’ils décident d’insérer une compétition de sauts à ski dans l’adaptation du célèbre roman de Léon Tolstoï Anna Karénine qu’ils sont venus tourner à Montréal. Ce dernier cas est par ailleurs révélateur d’une pratique répandue chez les producteurs américains : l’utilisation des paysages québécois comme substituts à de coûteux tournages outre-mer. En 1912, la Vitagraph de New York avait ainsi déjà tourné dans le Vieux-Québec un drame se déroulant dans le Paris du XIXe siècle, The Old Guard.
Les intrigues de deux autres films tournés au même moment à Québec, Put Yourself in Their Place (Vitagraph) et A Sailor’s Heart (Biograph), sont cependant explicitement situées dans la vieille capitale. En 1913, une autre compagnie américaine, la Kalem, s’installe à Québec pour tourner une imposante reconstitution de la Bataille des plaines, Wolfe, or the Conquest of Quebec. Ce long métrage de cinq bobines connaîtra un grand succès à travers le monde lors de sa sortie en 1914. À partir des années 1920, il arrive que des compagnies étrangères demandent à des caméramans canadiens de tourner des images sur place pour leurs propres films. Une production très intéressante qui en dit long sur le regard que posent les étrangers sur notre propre pays.
Parallèlement, on assiste au développement d’une production québécoise. En 1906, alors même que Léo-Ernest Ouimet inaugure son premier scope, il lance une production de vues locales qui viennent compléter les programmes de vues étrangères qu’il présente dans sa salle. De 1906 à 1911 – premier effort significatif pour bâtir une production locale –, il tournera quelque 75 de ces vues. Victime de manœuvres hostiles, Ouimet est mis à l’écart, favorisant ainsi l’émergence en 1913-1914 d’une production d’actualités tournées par certains de ses ex-opérateurs, dont Bert Mason, pour le compte de diverses salles de cinéma. Certains tentent même de lancer des séries locales, comme les éphémères « Canadian Weekly », « New Grand Weekly » (pour le New Grand Theatre) ou « Montreal Motion Picture Gazette » qui ne connaissent chacun qu’une ou deux éditions fin 1913 et début 1914.
Si les premiers films faits par des agents locaux montrent parfois les mêmes lieux, les mêmes personnages, voire les mêmes événements que les films étrangers, ils y ajoutent cependant une touche québécoise. C’est le cas, par exemple, des nombreux films sur le tricentenaire de Québec en 1908 : celui de la Urban (Quebec : The Tercentenary Celebration), celui de la Gaumont britannique (Quebec Pageant), les deux de la Vitagraph (Discoverers : A Grand Historical Pageant Picturing the Discovery and Founding of New France, Canada et Quebec Tercentenary Celebration) ainsi que les trois produits par Ouimet (Fêtes du tricentenaire, première série ; Fêtes du tricentenaire, deuxième série : Tableaux historiques des Pageants ; Fêtes du tricentenaire, troisième série : Partie indienne et de la cour).
L’aventure du cinéma tente quelques investisseurs. Certains se regroupent pour former la British American Film Company qui produit The Battle of the Long Sault (Frank Crane, 1912). Si l’on excepte les capitaux, le sujet et les lieux de tournage, tout le reste du film est américain. La compagnie tourne d’autres films mais, faute de distributeur, cesse ses activités. Plusieurs autres firmes voient le jour mais ne produisent rien.
Voulant conjurer le sort qui frappe la production locale durant les années 1910, Ouimet tente un retour en produisant un film de propagande, The Call of Freedom (1918), puis une commande pour les pompiers de Montréal Le feu qui brûle (1918). Il conclut également avec Pathé – dont il distribue les productions depuis 1915 – une entente pour produire, par l’entremise de sa compagnie Specialty Film Import, une série d’actualités, les « British Canadian Pathé News », qui s’échelonneront de janvier 1919 à 1922 au rythme de deux éditions par semaine. Ces actualités incorporent du matériel canadien tourné par ses opérateurs (60 % clame la publicité) à des images provenant des éditions américaine (« Pathé’s Weekly ») et britannique (« Pathé’s Animated Gazette ») des actualités Pathé et montrant le plus souvent possible des sujets d’intérêt canadien. Elles soutiennent la comparaison face aux actualités étrangères et tiennent leur place à l’écran. La carrière de Ouimet s’arrête cependant après une ultime tentative pour tourner un long métrage en anglais aux États-Unis, Why Get Married ? (1924).
Durant les années 1920, la production va se diversifier. En 1922, la compagnie Bon cinéma national Ltée tourne une comédie burlesque, Oh ! Oh ! Jean !, réalisée par Joseph-Arthur Homier. La même année, Homier récidive avec un long métrage, Madeleine de Verchères. Puis, Homier tourne un autre film, La drogue fatale (1924) pour une compagnie récemment créée. D’autres tentent l’aventure du cinéma de fiction, dont Jean Arsin (La primeur volée, 1923, Diligamus vos, 1925).
Mais la production québécoise ne réussit pas à s’implanter : outre une qualité médiocre, les films se heurtent à des problèmes de distribution. Seuls le documentaire et le film commandité connaissent un réel développement, grâce surtout à la présence d’ Associated Screen News et du Canadian Government Motion Picture Bureau qui produit des films tournés occasionnellement au Québec et qu’on retrouve dans son catalogue, dans la série « Seeing Canada », par exemple. Ainsi en est-il des expéditions vers l’Arctique de 1922 à 1925 tournées par Georges Valiquette et Roy Tash et mettant en vedette le capitaine Joseph Elzéar Bernier. Outre leur sujet premier, ces films sont remarquables pour les images qu’ils fournissent des Autochtones de l’Arctique.
Il s’est tourné au Québec au temps du muet, par des Québécois et par des étrangers, près d’un millier de films, essentiellement de court métrage. De ce nombre, très peu ont survécu, surtout lorsqu’il s’agissait de productions locales. Mais grâce au travail de chercheurs qui ont épluché les journaux, revues, archives et catalogues d’époque, il a été possible de repérer ce qui avait été produit et diffusé. La production québécoise est donc plus significative que certains l’ont longtemps cru.